Association pour les Droits de l’Homme et l’Univers Carcéral (ADHUC)
51ème Session ordinaire de la Commission africaine des droits de l'homme et des peuples, 12 avril - 2 mai 2012
Explosion du dépôt de munitions de Mpila à Brazzaville, République du Congo
Statement of Association pour les droits de L’homme et L’univers carcéral (ADHUC) & Institut pour les droits de l’homme et le développement en Afrique (IHRDA) sur la violation du droit à la sécurité
L’Association pour les droits de l’homme et l’univers carcéral (ADHUC) et l’Institut pour les droits de l’homme et le développement en Afrique (IHRDA), sont profondément troublés par les pertes humaines causées par l’explosion du dépôt de munitions de Mpila à Brazzaville, en République du Congo, le 4 mars 2012. En effet, cette tragédie n’est pas la première du genre en République du Congo,[1] encore moins sur le continent africain.[2]
Pour mieux comprendre le contexte de l'incident tragique du 4 mars 2012, il est important de remonter à l'époque coloniale où, pour des raisons stratégiques, la ville avait installé des casernes à proximité des centres urbains. Après l'indépendance de la République du Congo en 1960 et face à une population toujours croissante, les casernes sont restées au centre des grandes villes, représentant un danger permanent pour les habitants.[3] Bien que le gouvernement congolais ait pris la décision il y a quelques années de transférer les dépôts de munitions hors des centres urbains, cette décision ne s'est pas concrétisée.[4] Ceci malgré le fait que les explosions des dépôts de munitions à Pointe Noire et au Bureau d'approvisionnement de Brazzaville en 1994 et 1997 respectivement, ont causé des dégâts humains et matériels.
Le bilan de l'explosion du dépôt de munitions de Mpila et dont les détonations ont secoué Brazzaville, la capitale congolaise s'étendant sur plusieurs kilomètres à la ronde, a été très lourd ; environ 900 morts, plus de 1 000 blessés et un nombre important de personnes sans abri. L'explosion qui s'est produite le matin du 4 mars 2012 vers 8 heures du matin et dont les détonations ont continué à se produire même plusieurs jours après l'incident, a plongé la population dans un état de psychose et de choc émotionnel sans précédent.
Cette situation constitue une violation flagrante de l’article 23 de la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples qui consacre le droit des personnes à la sécurité. Bien que conscient du danger que représente la présence du dépôt de munitions de Mpila au centre des zones urbaines, le gouvernement n'a rien fait pour empêcher la survenance de ce drame. Comme l’a si bien déclaré la Commission africaine elle-même, les normes relatives aux droits de l’homme ne contiennent pas seulement les limites du pouvoir de l’État, mais elles imposent également aux États une obligation positive de prévenir les violations des droits de l’homme.[5]
De ce qui précède, l’ADHUC et l’IHRDA appellent la Commission Africaine :
▪ D'exhorter le gouvernement de la République du Congo à prendre des mesures pour verser une indemnisation appropriée et l'attention nécessaire à toutes les victimes de l'explosion du 4 mars 2012 ou à leurs familles ;
▪ D'exhorter le gouvernement congolais à prendre les mesures nécessaires pour éviter les dommages collatéraux de l'explosion du 4 mars et à transférer les dépôts de munitions encore présents dans les centres urbains en dehors de ceux-ci ;
▪ Exhorter le gouvernement congolais à accélérer le processus de ratification de la Convention de Kampala sur les personnes déplacées en Afrique ;
▪ Enfin, considérer, lors de l'examen des rapports périodiques ou des missions de terrain, la question et le risque des dépôts de munitions découverts dans les centres urbains.
[1] Des incidents similaires se sont produits en 1994 à Pointe Noire, en 1997 au Bureau des Approvisionnements de Brazzaville et en 2001 au domicile d'un officier de l'armée à Talangai.
[2] En janvier 2002 par exemple, l'explosion du dépôt de munitions d'Ikeja à Lagos a tué plus de 1 100 personnes et laissé 5 000 blessés ainsi que 20 000 personnes sans abri ; de même, en mars 2007, l'explosion du dépôt de munitions de Malhazine au Mozambique a tué plus de 100 personnes et laissé plus de 500 personnes sans abri.
[3] Read « Association pour les droits de l’homme et l’univers carcéral (ADHUC), Rapport sur la situation d’explosion du dépôt d’armes de Mpila du 04 mars 2012 », April 2012.
[4] ‘Observatoire congolais des droits de l’homme, Note de position : Explosion du dépôt de munitions de Mpila : Conséquence de la négligence des plus hautes autorités du pays’, mars 2012.
[5] 272/03 : Association des Victimes des Violences Post Electorales & INTERIGHTS / Cameroun, para 89, available at < http://caselaw.IHRDA.org/fr/doc/272.03/view/ >; Communication 245/2002, Forum des ONG des droits de l'homme du Zimbabwe c. Zimbabwe para.143, available at http://caselaw.IHRDA.org/fr/doc/245.02/view/.

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